GLISSANT GLISSANT

10 mars au 2 avril 2026 - Centre du Théâtre d’Aujourd’hui - Salle Jean-Claude Germain

 
  • Les interprètes accueillent le public à une grande messe cathartique pour réfléchir au sens de la vie. Mais lorsque surgit un extraterrestre énigmatique, la cérémonie bascule. Sous le choc de cette présence venue d’ailleurs, les confessions fusent, les existences dérapent et tout ce qui semblait tenir debout commence à glisser. Entre révélations spirituelles et absurdités humaines, la quête de sens prend des détours inattendus.

    Le Théâtre La moindre des choses conclut sa trilogie du Glissant avec une comédie délirante et participative, qui transforme la salle Jean-Claude-Germain en lieu de culte loufoque. Brouillant les frontières de la fiction, ce dernier opus nous embarque dans une aventure existentielle aussi ludique que déroutante. Une célébration déstabilisante, où le doute devient moteur de vérité et où le rire ouvre la voie aux grandes questions de l’âme humaine.

  • Texte : François Ruel-Côté

    Mise en scène et direction de production : Cédrik Lapratte-Roy

    Assitance à la mise en scène et régie : Félix Chabot-Fontaine

    Interprètes : Anne-Marie Binette, Simon Beaulé-Bulman, Félix Chabot-Fontaine, Laurence Laprise, Cédrik Lapratte-Roy, Olivier Morin et François Ruel-Côté

    Conception : Marie-Frédérique Gravel, Joëlle LeBlanc et Vincent Ruel-Côté

    Mouvement : Natacha Filatrault

    Direction technique : Isaac Béliveau

EXTRAIT

LAURENCE

On exige des artistes qu’ils construisent des cathédrales sans matériaux, sans main d'œuvre et sans outils, dans le mépris le plus total de ceux-là même qui les encenseront demain quand ils seront morts.

Notre Culture va mal! Réveillez-vous tabarnack!

Pour un artiste, la meilleure façon de prendre de la valeur, c’est de mourir. Parlez-en à Émile Nelligan, Nelly Arcan, Josée Yvon ou Karl Tremblay. Un bon artiste est un artiste mort. Fait que quand vous aurez fini de nous écoeurer avec vos estis de formulaires infinis pour obtenir que des refus, quand tous les artistes seront tannés de se traîner à genoux dans leurs costumes de cheap labor, quand il n’y aura plus un seul spectacle, un seul livre, une seul toune, un seul dessin, une seule idée qui ne viennent de nous, ben là vous allez le voir que notre Culture est morte pis nous on ira danser sur sa tombe. Il sera trop tard pour vous excuser, pour nous demander pardon. Pour ravoir votre Culture. Fuck off! Vous vous en commanderez une sur Amazon.

Mais on l’aime notre Culture. On n’a juste pas d’argent. Fuck off. Vous aimez l’argent pis vous avez pas de Culture. Pour la sauver faut investir de l’argent pas blâmer les immigrants.

On nous dit qu’on devrait pas se plaindre. Les artistes sont libres ici. Notre liberté est ben mieux de fitter dans le moule si on veut pouvoir manger. T’avais juste à te choisir une autre job. Rase toi les cheveux pis rentre à l’usine. Tu veux pas? Ben plains toi pas de ta misère! Le salaire de ton péché c’est l’enfer.

Dites nous qu’il faut se réinventer en donnant le go à un énième show de police. Méfiez-vous des idées nouvelles. Ce qui fait le plus peur dans l’industrie de la créativité, c’est la créativité.

Dites nous que c’est normal d’avoir des milliers d’employés de bureau qui travaillent en Culture à qui on offre un vrai salaire grâce aux subventions pis aux revenus de l’industrie, mais jamais aux artistes à la base même de cette industrie. Au Québec on finance des e-mails, pas des artistes.

Anyway, les artistes, on les aime pauvres, le ventre creux. C’est là qui nous font brailler.

Fait que donnez la votre argent à Netflix, à Disney, à Prime. Laissez les marchands saccager le Temple. Votre assimilation est une présentation de Pizza Hot. Encouragez McDo ou Starbuck. Financez le génocide. Mourrez à petit feu dans votre inaction. Suffoquez dans votre indifférence. Dites-vous que l’empathie est une maladie d’extrême gauche. Foncez à droite, toujours plus à droite, les yeux toujours plus fermés. Vous dormez dans les bras du rêve américain. Dansez la danse du techno fachisme. Marchez sur le Capitole. Renversez la démocratie. Remplacez le gouvernement par une intelligence artificielle. Investissez massivement dans l’armement. C’est comme ça qu’on défend une Culture. Un meurtre à la fois. Envahissez le Vénézuéla. Abreuvez-vous de pétrole. Make America Great Again. Make those shit holes countries pay for their crimes. Kill the fucking immigrants. Tell us lies, more lies, believe them. Drink the cool aid, enjoy social war, choose strength. Take the money. Buy Tesla. One day you’ll be number one. But for now you are not first. You are fifty first. So hurry up fucking loosers! Jump in! March in the parade! DANCE! DANCE! DANCE!

La création de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien du Conseil des arts de Montréal (février 2026)

et du Théâtre français du Centre National des Arts (mars 2026)

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